Halte à toute activité illégale dans les aires protégées en République Démocratique du Congo

(Photo: Parc National des Virunga, Nord Kivu)

NOTE DE PLAIDOYER ADRESSEE A SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO (Télecharger la version PDF)

Excellence Monsieur le Président de la République, 

Au nom du Regroupement des ONG de la Société Civile œuvrant pour la protection de l’environnement en République Démocratique du Congo, ROPE[1], et soutenus par des organisations de la société civile internationale, nous nous adressons au gouvernement de la République Démocratique du Congo (RD Congo) pour lui faire part des défis pertinents liés à la conservation de la nature et à la protection des droits des communautés. 

En effet, plus de 42% du territoire national de la RDC sont couverts par des forêts primaires, abritant plus de 400 espèces de mammifères, plus de 1.000 espèces d’oiseaux, plus de 400 espèces de poissons et plus de 10.000 espèces de plantes. Ces chiffres montrent qu’il s’agit d’un enjeu planétaire dans un contexte de changement climatique et de sixième extinction de masse des espèces qu’il ne serait plus possible de nier, ces données sont donc à prendre en considération dans une optique de trajectoire politique, sociale et économique de notre nation. 

Actuellement on estime que plus de 50 millions de personnes en RDC particulièrement et toute l’humanité en général dépendent directement pour leur survie de la bonne santé des écosystèmes et des services délivrés par ces derniers. La conservation de ces derniers est par conséquent un enjeu majeur, à tous les niveaux. 

Force est de constater qu’à l’heure actuelle, les plus importants écosystèmes du pays, généralement inclus au sein des d’Aires Protégées (AP), et les services éco systémiques divers délivrés par ces derniers, sont actuellement sous pression, menacées par des activités illégales, contraires aux Objectifs du Développement Durable et de la conservation directement fixés non seulement par le gouvernement congolais mais aussi par de nombreuses conventions internationales ratifiées par ce dernier[2]

Nous sommes ainsi témoins, de manière croissante, d’actions illégales visant à prélever des ressources naturelles au sein de ces territoires, que des services de conservation se battent pour protéger, dans des conditions particulièrement difficiles. L’exemple le plus criant réside dans l’action de certaines sociétés minières, souvent étrangères, qui sont souvent en connivence avec certains membres de l’administration ou de l’armée congolaise, pourtant censés garantir l’intégrité de ce territoire et faire respecter les textes légaux du pays et ceux ratifiés au niveau international. 

Outre le fait de menacer directement ces territoires, ces activités alimentent régulièrement de manière plus ou moins indirecte des réseaux mafieux, dont notamment l’activisme des groupes armés, menaçant ainsi directement la sécurité et l’intégrité du territoire. 

Lorsque les intérêts égoïstes de quelques-uns priment sur ceux des communautés, le bien-être voire la survie du plus grand nombre, cela devient contraire aux principes de bonne gouvernance, promue par les autorités de la République. A titre illustratif, on peut évoquer les cas ci-après : 

  • L’exploitation de l’or par des groupes armés avec la complicité de certains membres des peuples autochtones pygmées utilisés comme bouclier humain au sein du Parc National de Kahuzi Biega (PNKB), site du patrimoine mondial de l’UNESCO ; 
  •  La création controversée par le gouvernement des blocs pétroliers au sein du Parc National des Virunga (PNVI), également site du Patrimoine Mondial de l’UNESCO ;
  •  Le projet controversé d’érection du barrage hydroélectrique de Sombwe visant à produire de l’électricité pour les compagnies minières ainsi que l’exploitation minière au sein du Parc National de l’Upemba (PNU) ; 
  •  La saisie d’or par les instances judiciaires d’une valeur d’environ 1,9 million de dollars, appartenant à la société chinoise « Kimia Mining » opérant avec des permis illégaux au sein de la Réserve de Faune d’Okapi (RFO), site du patrimoine mondial de l’UNESCO ;
  •  L’exploitation minière illégale par les entreprises tant chinoises que nationales avec la bénédiction des certaines autorités politico-administratives et militaires, notamment dans le territoire de Mwenga et dans la Réserve Naturelle d’Itombwe (RNI). 

Sans être exhaustifs, ces quelques exemples viennent illustrer le triste constat évoqué ci haut. Cette situation nous amène à élever la voix à travers cette correspondance pour solliciter votre implication totale en prenant des mesures idoines. 

Outre le fait de prendre l’ensemble des mesures envisageables pour faire stopper ces pratiques en faisant respecter les lois et autres textes internationaux ratifié par la RD.Congo nous formulons ces quelques recommandations, à savoir : 

  • Faire respecter sans failles la loi N°14/003 du 11 février 2014 relative à la conservation de la nature en RDC, la loi minière portant Code minier révisé de 2018, la loi n° 11/009 du 09 juillet 2011 portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement en RDC ; 
  •  Procéder à l’annulation de l’acte d’agrément des sociétés de quelque nature que ce soit opérant en violation des règles en vigueur 
  •  Mettre en place un cadre interinstitutionnel entre les différents ministères décidant sur l’environnement pour une harmonisation et suivi de conformité dans les processus décisionnels, la décentralisation et l’élaboration des documents des politiques nationales sectoriels à impact sur l’environnement ;
  • Promouvoir d’un climat susceptible d’attirer les investisseurs dans le secteur de l’environnement, 
  •  Renforcer le soutien politique et diplomatique aux gestionnaires des aires protégées dans leur rôle technique et de suivi de l’application de la loi ; 
  •  Veiller à ce que les gestionnaires d’aires protégées – avec le soutien du Corps pour la Protection des Parcs Nationaux et Réserves CorPPN – disposent des moyens techniques et financiers nécessaires pour lutter contre les groupes armés etc.

Nous, signataires de cette correspondance, sommes persuadés que la mise en œuvre des actions listées ci-dessus contribuera à soutenir significativement au processus de développement socio-économique durable et inclusif, bénéfique au plus grand nombre de congolais, et rencontrera ainsi un soutien important de la part des différents partenaires techniques et internationaux pour redorer l’image ternie de la RDC. 

Nous demandons au gouvernement de la RDC d’agir concrètement pour renforcer la confiance des citoyens congolais et de la communauté internationale dans l’État congolais et sa capacité à faire effectivement appliquer les dispositions légales, et ce, dans un contexte de nécessité d’actions rapides pour sauver la biodiversité mondiale et lutter effectivement et rapidement contre le changement climatique. 

Les signataires  (Télecharger la version PDF)

 

[1] Regroupement des ONG de la société civile œuvrant pour la protection de l’environnement en République Démocratique du Congo

 [2] à savoir notamment la loi N°14/003 du 11 février 2014 relative à la conservation de la nature en RDC et la loi n°18/001 du 09 mars 2018 modifiant et complétant la Loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant Code minier, la loi n° 11/009 du 09 juillet 2011 portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement, et les règles générales en matière d’investissements, la Constitution en RDC ainsi que les conventions internationales comme la Convention sur la Diversité Biologique (CDB), l’accord de Paris, le Pacte internationale relative aux droits économiques, sociaux et culturels et son protocole facultatif et la Convention de UICN, etc. 

 

 

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